Dernière mise à jour : 26 août 2026
Fondateur de Pourquipourtoi · Publié le 26 août 2026
⏱ 14 min de lecture

Enfant colérique : pourquoi il fait des crises de colère et comment l’aider à les traverser

📑 Sommaire de l’article
  1. Pourquoi mon enfant fait-il des crises de colère ?
  2. À quel âge les crises de colère sont-elles normales ?
  3. Que faire pendant une crise de colère ?
  4. Enfant colérique ou signal à surveiller ?
  5. Aider l’enfant à nommer sa colère, entre les crises
  6. Questions fréquentes

Il hurle au milieu du magasin parce que vous avez dit non au paquet de bonbons. Il se roule par terre parce que le pull qu’il voulait mettre est au lavage. Il tape des pieds, claque une porte, ou fond en larmes pour une chaussette mal enfilée. Et vous, debout à côté, vous vous demandez si c’est normal, si c’est vous qui vous y prenez mal, ou si votre enfant est particulièrement colérique.

Les crises de colère ne sont ni un caprice ni un défaut d’éducation : elles font partie du développement normal d’un enfant dont le cerveau n’a pas encore les moyens de réguler une émotion trop forte. Comprendre ce qui se joue pendant une crise change en général la façon d’y réagir, et rend la traversée un peu plus supportable, pour l’enfant comme pour le parent.

Chez Pourquipourtoi, les questionnaires remplis chaque mois par des parents avant de créer l’histoire personnalisée de leur enfant reviennent souvent sur ce sujet : beaucoup décrivent un enfant vif, intense, qui a du mal à revenir au calme une fois lancé. Ce guide s’appuie sur la recherche en psychologie du développement pour expliquer pourquoi ces crises surviennent, comment réagir pendant, et ce qui aide à les espacer avec le temps.


Pourquoi mon enfant fait-il des crises de colère ?

Une crise de colère survient parce que le cerveau de l’enfant n’a pas encore les moyens de freiner une émotion trop intense. Face à une frustration, même minime, il est submergé avant d’avoir pu la mettre en mots ou la relativiser.

💡 En bref

Un enfant fait une crise de colère parce que la partie de son cerveau qui gère la maîtrise de soi, le cortex préfrontal, est encore largement immature. Face à une frustration, la faim, la fatigue ou un refus, il ne dispose pas encore des outils pour freiner ou mettre en mots ce qu’il ressent, l’émotion prend alors toute la place et s’exprime par le corps : cris, pleurs, coups, chute au sol. Ce n’est ni de la manipulation ni un manque d’éducation, mais un fonctionnement neurologique attendu à cet âge, que l’on retrouve chez tous les jeunes enfants à des degrés divers. Une étude de référence sur le sujet montre que la crise mêle en réalité deux réactions distinctes qui se chevauchent dans le temps, la colère et la détresse, plutôt qu’une simple explosion incontrôlée. Cette compréhension change souvent la façon d’accompagner l’enfant pendant l’épisode, et permet aussi de relâcher un peu la pression que beaucoup de parents se mettent à tort.

Un cerveau pas encore équipé pour freiner l’émotion

Les fonctions qui permettent de contenir une pulsion, de patienter ou de considérer plusieurs solutions face à un problème sont regroupées sous le terme de fonctions exécutives. Selon les travaux de synthèse de la chercheuse Adele Diamond, ces fonctions reposent sur le cortex préfrontal, une zone du cerveau qui continue de se développer sur près de deux décennies. Chez un enfant de 2 à 5 ans, cette immaturité est particulièrement marquée : il ressent une émotion avec la même intensité qu’un adulte, mais sans disposer encore des freins qui permettraient de la contenir ou de l’exprimer autrement que par le corps.

Colère et détresse, deux réactions mêlées dans une même crise

Les chercheurs Michael Potegal et Richard Davidson ont étudié en détail le déroulement de centaines de crises de colère chez de jeunes enfants. Leur modèle distingue deux composantes qui se superposent au cours d’une même crise : des comportements de colère, comme crier ou taper, qui montent rapidement puis redescendent, et des comportements de détresse, comme pleurer ou chercher du réconfort, qui restent présents plus longtemps. En pratique, cela signifie qu’une crise qui semble s’apaiser en surface peut encore avoir besoin de réconfort quelques minutes après les cris.

L’angle Pourquipourtoi : dans les centaines de questionnaires que nous recevons chaque mois, les parents décrivent souvent leur enfant comme quelqu’un qui ressent tout très fort, la joie comme la colère. Cette intensité n’est pas un problème à corriger, c’est une caractéristique à accompagner avec les bons mots et les bons outils.

Père accroupi au niveau de son jeune enfant en pleurs, main posée doucement sur son épaule

À quel âge les crises de colère sont-elles normales ?

Les crises de colère apparaissent dès 12 à 18 mois et atteignent leur pic de fréquence entre 18 mois et 3-4 ans, avant de s’espacer progressivement. Leur évolution suit d’assez près les grandes étapes du développement du langage et de l’autonomie.

💡 En bref

Les premières crises surviennent en général entre 12 et 18 mois, au moment où l’enfant commence à vouloir agir seul sans en avoir toujours les moyens. Elles deviennent plus fréquentes entre 18 mois et 3 ans, période parfois appelée le cap des deux ans, quand le besoin d’autonomie dépasse largement la capacité à l’exprimer avec des mots. À cet âge, plusieurs crises par jour restent dans la moyenne pour de nombreux enfants. À partir de 4 ans, le langage progresse et les crises commencent à se raccourcir et à s’espacer, l’enfant trouvant peu à peu d’autres façons d’exprimer sa frustration. Vers 5-6 ans, elles deviennent nettement plus rares chez la plupart des enfants, sans disparaître totalement, notamment en cas de grande fatigue, de maladie ou de changement important dans la vie de l’enfant, comme une naissance ou une rentrée scolaire.

ÂgeFréquence typiqueCe qui évolue
12-18 moisPremières crises, souvent courtesDécouverte de la frustration face à un refus
18 mois – 3 ansPic de fréquence, parfois plusieurs par jourPoussée d’autonomie, vocabulaire encore limité
3-4 ansToujours fréquentes, mais plus courtesPremiers mots pour nommer ce qui est ressenti
5-6 ansNettement plus raresRégulation émotionnelle de plus en plus autonome
Après 6 ansOccasionnellesÀ surveiller si les crises restent intenses et quotidiennes
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Que faire pendant une crise de colère ? Le réflexe avant / pendant / après

La meilleure réponse à une crise de colère se prépare avant qu’elle n’arrive, se gère avec calme pendant, et se conclut par un retour serein une fois l’orage passé. Trois moments distincts, trois attitudes différentes.

💡 En bref

Avant la crise, repérer les signaux de fatigue ou de faim et anticiper les transitions difficiles, comme quitter un parc ou éteindre un écran, réduit sensiblement le nombre d’épisodes. Pendant la crise, l’enfant n’est pas en état d’écouter un raisonnement : rester présent, garder un ton calme et nommer ce qu’il ressent aide bien plus qu’élever la voix ou l’isoler de force. Inutile aussi de chercher à convaincre ou à négocier tant que l’intensité est à son maximum. Une fois la crise passée, un retour calme sur ce qui s’est passé, sans reproche ni moralisation excessive, permet à l’enfant d’associer la fin de la colère à un moment de réconciliation plutôt qu’à une sanction. Ce cycle en trois temps ne supprime pas les crises, mais il change profondément la façon dont elles se vivent, pour l’enfant comme pour l’adulte à côté de lui.

MomentCe qui aidePourquoi
AvantRepérer la faim, la fatigue, prévenir les changements de programme à l’avanceUn enfant reposé et prévenu dispose de plus de ressources pour encaisser une frustration
PendantRester à proximité, garder un ton bas, mettre des mots sur l’émotion sans chercher à raisonnerL’enfant n’est pas disponible pour un raisonnement tant que l’intensité émotionnelle est à son pic
AprèsRevenir calmement sur ce qui s’est passé, valoriser le retour au calmeL’enfant associe la fin de la crise à un moment de lien plutôt qu’à une punition

À éviter pendant la crise : hausser le ton, promettre une récompense pour que ça s’arrête, ou exiger des excuses immédiates. Ces trois réflexes prolongent en général la crise plutôt qu’ils ne l’écourtent.

Mère assise au sol dans un salon, enfant de 4 ans blotti contre elle après une crise, calme retrouvé

Enfant colérique, tempérament fort, ou signal à surveiller ?

Un enfant qui fait beaucoup de crises n’est pas forcément un enfant à problème : la fréquence et l’intensité seules ne suffisent pas à distinguer un tempérament fort d’un signal à surveiller. Ce qui compte davantage, c’est le contexte et l’évolution dans le temps.

💡 En bref

Une crise de colère qui reste dans la norme a un déclencheur identifiable, s’apaise progressivement en présence d’un adulte rassurant, et laisse place à un enfant détendu une fois retombée. Certains enfants, plus intenses ou plus sensibles que d’autres, font des crises plus fréquentes ou plus marquées sans que cela signale un trouble particulier, c’est simplement leur façon de ressentir les choses. En revanche, plusieurs signes méritent une attention plus poussée : des crises sans déclencheur clair, une intensité disproportionnée de façon répétée, des gestes envers soi ou les autres, ou une absence de retour au calme même longtemps après l’épisode. Dans ces situations, en parler à un pédiatre ou à un psychologue de l’enfant permet d’évaluer la situation avec le recul et les outils nécessaires, sans avoir à porter ce doute seul dans son coin.

Certains enfants ressentent leurs émotions avec une intensité particulière, qu’il s’agisse de colère, de joie ou de tristesse. C’est notamment le cas des enfants hypersensibles ou de certains profils avec un fonctionnement attentionnel différent, chez qui la régulation des impulsions demande un effort plus soutenu qu’ailleurs.

→ Enfant TDAH : aider son enfant à construire sa confiance en soi

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Aider l’enfant à nommer sa colère, en dehors des crises

C’est surtout en dehors des crises, dans les moments calmes, que se construit la capacité d’un enfant à nommer et gérer sa colère. Pendant l’épisode lui-même, il n’est pas en état d’apprendre quoi que ce soit de nouveau.

💡 En bref

Un enfant apprend à reconnaître et nommer ses émotions progressivement, à travers des occasions répétées en dehors des moments de crise. Un vocabulaire simple pour désigner ce qu’il ressent, des jeux de respiration, un dessin de son ressenti, ou une histoire dans laquelle un personnage traverse une colère similaire à la sienne, sont autant d’occasions de construire ce vocabulaire intérieur, à un rythme adapté à son âge. Plus un enfant dispose de mots pour dire ce qu’il ressent, moins il a besoin de faire passer cette émotion uniquement par le corps. Ce travail se fait sur la durée, pas en une conversation, et fonctionne d’autant mieux que l’enfant se sent acteur de l’histoire qu’on lui raconte, plutôt que simple destinataire d’une leçon sur ce qu’il devrait ressentir ou faire, avec ses propres mots à lui.

Se reconnaître dans une histoire où un personnage vit, lui aussi, des colères et apprend petit à petit à les nommer, donne à l’enfant un espace pour observer cette émotion de l’extérieur, sans être dedans. C’est l’un des usages les plus fréquents des livres personnalisés autour des émotions : offrir un miroir bienveillant plutôt qu’une consigne de plus.

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Enfant de 5 ans souriant, feuilletant un livre personnalisé illustré sur son lit

Questions fréquentes

À partir de quel âge un enfant peut-il faire des crises de colère ?

Les premières crises apparaissent souvent vers 12 à 18 mois, dès que l’enfant commence à vouloir agir seul. Elles deviennent plus fréquentes entre 18 mois et 3 ans, période parfois appelée le cap des deux ans, avant de se raccourcir progressivement à partir de 4 ans.

Faut-il céder pendant une crise de colère pour la faire cesser plus vite ?

Céder calme la crise sur le moment, mais apprend à l’enfant que crier fort finit par obtenir ce qu’il veut. Il est plus utile de maintenir le cadre tout en restant présent et calme, sans hausser le ton ni punir sur l’instant.

Faut-il punir un enfant après une crise de colère ?

Une punition immédiate arrive alors que l’enfant n’est pas encore en état d’en comprendre le lien avec son comportement. Il est plus efficace d’attendre le retour au calme, puis de revenir ensemble sur ce qui s’est passé et sur ce qui pourrait aider la prochaine fois.

Pourquoi mon enfant de 6 ans fait-il encore autant de crises ?

Après 5-6 ans, les crises se raréfient chez la plupart des enfants, mais certains continuent d’en faire fréquemment, notamment en période de fatigue, de changement ou de stress. Si elles restent quotidiennes, très intenses ou s’accompagnent de gestes envers soi ou les autres, un avis auprès d’un pédiatre ou d’un psychologue de l’enfant est recommandé.

Comment différencier une crise de colère normale d’un trouble du comportement ?

Une crise normale reste liée à un déclencheur identifiable, s’apaise en présence d’un adulte rassurant et laisse place à un enfant apaisé une fois passée. Un signal à surveiller est une crise sans déclencheur clair, une intensité disproportionnée de façon répétée, ou une absence de retour au calme même longtemps après, une évaluation professionnelle permet d’y voir plus clair.

La fatigue ou la faim jouent-elles un rôle dans les crises de colère ?

Oui, largement. Un enfant fatigué ou affamé a beaucoup moins de ressources disponibles pour gérer une frustration, même mineure. Anticiper les siestes, les repas et les fins de journée réduit sensiblement la fréquence des crises chez de nombreux enfants.

Un enfant hypersensible fait-il plus de crises de colère qu’un autre ?

Un enfant hypersensible ressent souvent les émotions avec plus d’intensité, ce qui peut rendre ses colères plus visibles ou plus longues, sans que cela signifie qu’il en fait objectivement plus qu’un autre enfant. L’accompagnement reste le même : nommer l’émotion, rester présent, et lui laisser le temps de retrouver son calme.


Points clés à retenir

  • 1Les crises de colère sont normales entre 18 mois et 4 ans, avec un pic de fréquence sur cette période.
  • 2Le cortex préfrontal, qui permet de freiner une émotion, continue de se développer bien après la petite enfance.
  • 3Une même crise mêle colère et détresse, deux réactions qui ne s’éteignent pas au même rythme.
  • 4Anticiper la fatigue et la faim réduit sensiblement le nombre de crises.
  • 5Rester calme et présent pendant la crise fonctionne mieux que hausser le ton ou isoler.
  • 6C’est en dehors des crises que l’enfant apprend le mieux à nommer ce qu’il ressent.

Traverser la tempête, sans perdre patience

Aucune méthode ne fait disparaître les crises de colère du jour au lendemain, et ce n’est d’ailleurs pas l’objectif : elles font partie du chemin que prend un enfant pour apprendre à vivre avec des émotions parfois plus grandes que lui. Ce qui change, c’est la façon de les traverser, avec un peu plus de compréhension et un peu moins d’épuisement, pour l’enfant comme pour le parent à côté de lui.

Donner à un enfant les mots et les repères pour reconnaître sa colère, en dehors des moments de crise, fait partie des outils qui aident sur la durée. Une histoire personnalisée, dans laquelle il se reconnaît en train de vivre et de traverser cette émotion, en est une façon parmi d’autres.

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Nicolas Etienne

Fondateur de Pourquipourtoi

Fondateur de Pourquipourtoi à Pibrac. J’observe quotidiennement les profils émotionnels d’enfants à travers nos questionnaires parents et croise cette observation terrain avec la recherche en bibliothérapie pour créer des livres qui touchent vraiment.

Sources et références :
Potegal, M. & Davidson, R. J. — « Temper Tantrums in Young Children: 1. Behavioral Composition ». Journal of Developmental & Behavioral Pediatrics, 2003.
Diamond, A. — « Executive Functions ». Annual Review of Psychology, 2013.